Appeler le capitaine: Règlementation, responsabilité et bonnes pratiques pour les officiers de quart
Pour l'officier de quart à la passerelle, appeler le capitaine en temps voulu n’est ni une preuve de faiblesse ni une interruption injustifiée. Il s'agit d'un acte de responsabilité professionnelle. En mer, la sécurité repose autant sur la technologie que sur la communication humaine. L’officier de quart représente le capitaine – mais c’est au capitaine que reviennent les grandes décisions, surtout en cas de doute.
En mer, chaque décision peut avoir un impact immédiat sur la sécurité du navire, de l’équipage et de la cargaison. C’est pourquoi l’officier de quart à la passerelle joue un rôle stratégique, mais jamais isolé. Dans certaines situations, il doit appeler le capitaine sans hésiter. Cette règle est bien plus qu’un usage professionnel : elle est reconnue par la règlementation internationale et ancrée dans les normes de sécurité maritime.
Une obligation fondée dans la réglementation
La Convention STCW, au cœur du droit maritime international, impose que tout officier de quart doit alerter le capitaine dès qu’il doute de la conduite à tenir ou qu’une situation dépasse son autorité. Le Code STCW section A-VIII/2 précise que la vigilance, la capacité de réagir aux imprévus et la bonne communication sont essentielles à la tenue d’un quart efficace.
La réglementation canadienne (Règlement sur le personnel maritime – RPM) transpose les obligations de la Convention STCW. Même si le règlement ne détaille pas chaque situation, il exige que le capitaine assure une veille efficace et que les officiers soient compétents et réactifs.
Les compagnies canadiennes complètent généralement cela par des procédures internes claires – les standing orders ou ordres permanents, émis par la compagnie et/ou par le capitaine.
Quelques exemples typiques où l’appel est impératif
Le chapitre VIII – Partie 3 de la Convention STCW fournit des instructions et des conseils pour la veille en mer, énumérant les circonstances dans lesquelles un officier de quart doit appeler le capitaine du navire.
Visibilité réduite : si la visibilité se détériore (par exemple, brouillard, forte pluie) en dessous des limites définies dans les consignes permanentes (souvent 5 NM ou moins).
État du traffic : si les conditions de circulation ou les mouvements d'autres navires sont préoccupants, ou lors de l'entrée dans des zones à forte circulation.
Difficultés liées au cap/à la vitesse : si vous rencontrez des difficultés à maintenir le cap ou la vitesse prévus.
Incertitude de navigation : impossibilité de voir la terre, une balise de navigation ou d'obtenir les sondages attendus, ou observation inattendue de ceux-ci.
Panne d'équipement : panne des moteurs, des systèmes de propulsion, des appareils à gouverner ou des équipements de navigation essentiels (radars, GPS, ECDIS).
Dysfonctionnement radio : toute panne du SMDSM ou des équipements de communication.
Mauvais temps : si les conditions météorologiques se détériorent ou s'il existe un doute quant à d'éventuels dommages causés par le mauvais temps.
Dangers pour la navigation : rencontre de glace, d'épaves ou d'eaux peu profondes inattendues.
Problèmes de sécurité : navires suspects ou menaçants pour la sécurité.
Urgences : incendie, inondation, collision ou réception d'un signal de détresse.
Évènements inhabituels/doute : toute situation dans laquelle l'officier de quart a des doutes, ou tout événement inhabituel ou extraordinaire.
Lorsque la situation nécessite l’intervention du capitaine, celui-ci doit être alerté sans délai afin de disposer du temps nécessaire pour l’analyser et prendre les mesures appropriées. Tout retard ou défaut de communication peut accroître significativement le niveau de risque, notamment en augmentant la probabilité de collisions, d’échouements, d’atteintes à l’environnement, de retards opérationnels, de fuites ou de déversements, ainsi que de dommages matériels et de pertes commerciales ou réputationnelles.
En somme
La tenue du quart à la passerelle ne consiste pas seulement à surveiller des écrans ou à suivre une route tracée. Elle repose avant tout sur la capacité de l’officier de quart à reconnaître une situation normale… et surtout une situation qui ne l’est plus. Savoir quand appeler le capitaine fait partie intégrante de cette compétence.
Il est important de comprendre que l’officier de quart n’est jamais seul. Le capitaine demeure responsable du navire à tout moment, même lorsqu’il n’est pas physiquement présent à la passerelle. Appeler le capitaine permet de partager l’analyse, confirmer une décision ou obtenir une orientation, avant qu’un événement mineur ne devienne une situation critique.
Un principe doit toujours guider l’officier de quart : En cas de doute, appeler le capitaine est toujours la bonne décision.
Cette habitude contribue à développer une culture de sécurité, de confiance et de collaboration à bord — des éléments essentiels, similairement à la compétence technique. Apprendre à appeler le capitaine au bon moment, c’est apprendre à naviguer de façon responsable.